Dans le Dacheng Chuan, les postures statiques sont d'une grande importance, elles conditionnent l'approche de cette méthode. L'idée répandue, c'est que l'on doit chercher le mouvement dans l'immobilité. C'est là que l'équation est mal posée : il n'y a rien d'immobile dans la nature, tout est animé de forces de hautes, très hautes, basses et très basses intensités ; en fait, tous les gradients existent. L'immobilité est une illusion, comme l'énergie. Un objet inanimé subit des forces constantes qui ne sont pas perceptibles par nos sens ; par exemple, un livre ne bouge pas car il subit la force de gravitation, ses atomes gardent les mêmes liaisons. Les êtres vivants sont plus complexes, mais subissent les mêmes contraintes des lois de la physique.

Que faire pour entrer dans l'étude de cette méthode qui a subi l'influence de plusieurs courants d'arts martiaux et d'interactions avec le Taoïsme et le Bouddhisme ? Je ne parlerai pas de l'historique du DDC, qui a tendance à épaissir le voile de la compréhension ; ce ne sont souvent que des anecdotes creuses.

Il faut rendre hommage à monsieur Yu Yongnian qui, par son travail avec le fondateur Wang Xiang Zhai (1885-1963), a montré et développé les aspects thérapeutiques des postures et sa recherche sur le Wu, qui prend de nouvelles couleurs à l'éclairage de la science. Saluons aussi monsieur Guo Guizhi qui, sans conteste, avait des capacités de combattant hors pair. J'ai eu la chance de travailler avec ces deux figures emblématiques, soit en Chine, soit en France. Maître Guo Guizhi — la seule chose importante qu'il a transmise — c'est la science des micro-mouvements. Il m'a initié à cela à la fin des années 1990 ; il faut savoir que c'était la première fois qu'il dévoilait cela. Il tenait ce savoir de maître Yao Zongxun. Il faut souligner le fait que monsieur S. Uemura est le premier à avoir fait connaître ces personnes dans le monde des arts martiaux, ce qui a permis de faire connaître chez nous l'étendue de leur savoir. Pour clore ce chapitre : après des stages en Europe, beaucoup d'écoles chinoises ont revendiqué leur filiation avec le DDC — pour la plupart de pâles copies, poussées par une soif mercantile.

Comment aborder la posture ?

Avant d'aborder le sujet, je dois faire une petite parenthèse. Pour cette étude, il faut définir l'axe du travail : est-ce pour la santé, optimiser son système musculaire et nerveux, faire une forme de rééducation posturale, ou avoir des aptitudes dans le domaine du combat ? Il faut connaître nos prédispositions et ne pas se tromper de voie. Le talent, le temps et le travail sont nécessaires ; sans cela, on risque d'être déçu.

Maintenant, revenons à la posture. La personne qui veut connaître cet art doit vraiment être prise en main par quelqu'un d'initié. Utiliser des supports comme les vidéos ou les livres risque de créer de fausses pistes. Dans une société où l'immédiateté est de mise, le résultat doit venir rapidement et surtout sans réfléchir. Il faut plus étudier que pratiquer. Tout d'abord, 3 ans de posture vont permettre de mettre en veille nos mauvaises habitudes et de créer de nouvelles connexions neuro-musculaires. Ce chemin est dur et semé d'embûches ; bien entendu, faire d'autres arts martiaux en parallèle ne ferait que détricoter l'entraînement journalier. Faire et refaire, s'étudier, être supervisé et corrigé par la personne initiée — sans cela, il est très difficile d'y arriver.

Après cela, le corps est prêt pour commencer à travailler les micro-mouvements, qui ont été confondus avec la technique du « relâcher-serré » ; ces deux appellations ne sont pas identiques, d'où une confusion sans fin. J'avais donc créé le terme « micro-mouvements » dans les années 2000. Ainsi, au bout de 3 ans de posture, les 5 tendons majeurs du corps commencent à être formés. En général, le tendon est cinq fois plus fort que le muscle, et l'os est plus fort que le tendon ; la nature du tendon est élastique.

Comment aborder la mise en route des micro-mouvements ?

Si nous utilisons le tendon entre le bras et l'avant-bras dans la posture, l'avant-bras est étiré vers l'avant, on pointe dans une direction avec les doigts. Le tendon s'étire, les mains sont toujours fixes : c'est la première condition. On peut dire que ce premier étirement est le point zéro. À partir de là, on raccourcit le tendon, puis on le relâche jusqu'au point zéro. Attention : le tendon ne se relâche jamais totalement ; le premier étirement équivaut à la détente — c'est la deuxième condition. Les connexions neuro-musculaires deviennent plus fortes, les tendons aussi. On essaie de les raccourcir de plus en plus dans l'extrême limite ; c'est l'esprit qui cherche les ressources pour aller plus loin dans ce travail, du visible au moins visible. Dans toutes les actions, tous les mouvements, il faut garder l'esprit, le concentrer : il ne doit pas s'échapper ni se révéler — c'est la troisième condition.

Dans un prochain article, nous étudierons l'interface entre le non-visible et l'intention.